Inspiré du vécu des danseuses de cabaret de Las Vegas qui séduisaient les spectateurs en masse dans les années 70-80, The Last Showgirl s’attache à Shelly, une danseuse qui performe dans un show depuis trente ans avec toujours la même conviction et le même émerveillement. Quand elle apprend que son show va s’arrêter après trois décennies de représentations, son monde s’effondre. Quinquagénaire, Shelly comprend que son heure a sonné. Les temps ont changé, une page va se tourner, et sa vie ressemble à un désert.
C’est une petite merveille que signe Gia Coppola avec ce drame crépusculaire dont le sujet et le ton ne sont pas sans rappeler le The Wrestler de Darren Aronosky avec Mickey Rourke, la danse de cabaret remplaçant ici le catch. Avec une jolie douceur teintée d’amertume, avec justesse et délicatesse et avec une immense poésie intimiste, Gia Coppola dresse un portrait de femme émouvant qui, en creux de son histoire bouleversante, témoigne de la condition des femmes dans nos sociétés actuelles accrocs au jeunisme et invisibilisant les femmes d’âge mûr.
Rarement célébrée pour ses talents de comédienne (on rigole encore du nanar Barb Wire), Pamela Anderson se révèle à l’écran dans ce qui pourrait bien rester comme le rôle d’une vie. Fragile, merveilleuse, touchante, fascinante, elle incarne avec émotion la tendre naïveté de son personnage qui refuse de voir la réalité de sa vie en face, avant d’en prendre douloureusement conscience. La sex bomb d’hier se métamorphose aujourd’hui en vraie comédienne fabuleuse, brillant de mille feux comme ses costumes dans un film où elle se joint au sentiment d’authenticité qui s’en dégage, loin des clichés glamoureux du cinéma hollywoodien. La caméra délicate de Gia Coppola le lui rend bien avec ses cadrages serrés à la Cassavetes, son grain 16mm, et la marge d’improvisation qu’elle lui accorde.
Tout s’emboîte à la perfection dans cet imparable coup de cœur qu’est The Last Showgirl, des personnages subtilement brossés à la musique en passant par des seconds rôles magnifiques, d’un touchant Dave Bautista à une fantastique et exubérante Jamie Lee Curtis en passant par une excellente Kiernan Shika. Joliment balancé entre la tristesse nostalgique d’une page qui se tourne et une célébration de la beauté artistique, The Last Showgirl crève le cœur tandis que Pamela Anderson crève l’écran. Gia Coppola filme avec pudeur et tact les réussites et les regrets qui accompagne une vie chez des personnages en quête d’un rêve américain fâné. Magnifique.
D'après Mondociné